La spiritualité est-elle soluble dans le raisonnement ?
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Ceux qui parcourent ce blog peuvent se demander pourquoi je l’ai intitulé « La quête spirituelle », alors que mon but semble de vouloir ferrailler contre le concept de spiritualité. La contradiction relève du simple point de vue. Il existe au moins un domaine de la connaissance dans lequel une sorte d’autodestruction représenterait un gage de succès : la recherche médicale. Sa raison d’être est de lutter contre les maladies, avec à terme l’espoir de les vaincre totalement. Mais qu’arrivera-t-il lorsqu’elle aura atteint son objectif, comme on peut raisonnablement penser que tel sera le cas dans quelques milliers d’années ? Aura-t-elle passé tout ce temps à scier la branche sur laquelle elle était assise ? En quelque sorte oui, ce qui ne l’empêche nullement de poursuivre son œuvre avec obstination et dévouement. Si la recherche médicale a pour vocation ultime d’en terminer avec elle-même, ce qui sera perçu de sa part comme une formidable victoire, pourquoi la quête spirituelle ne poursuit-elle pas le même objectif ? Dans les deux cas il s’agit de vaincre un obstacle au bien-être, que ce soit la maladie ou la souffrance psychologique. La lutte contre la maladie nécessite une action dans laquelle l’humanité s’est engagée probablement dès les premiers âges, grâce à l’acquisition de connaissances sur les vertus thérapeutiques des plantes. Mais dans le même temps, la peur que lui inspiraient les forces de la nature, à cause de son impuissance à s’en protéger, l’engageait dans la voie de la soumission et de l’adoration. Car aucune action n’est possible dans ce cas, il n’existe aucun remède capable d’éliminer la peur causée par un environnement dont on ne maîtrise ni les changements ni les soudains accès de colère, comme il n’en existe aucun capable d’éliminer la peur liée à l’incertitude du lendemain. Une telle conception de la nature, par définition hostile, conduit inévitablement à l’invention d’une entité supérieure qui la présiderait et dont les sautes d’humeur représenteraient autant de punitions à des comportements censés lui déplaire. La solution la plus évidente consistait dès lors à dresser l’inventaire des comportements malvenus, puis celui des méthodes visant à apaiser le courroux qu’ils suscitent, par des offrandes notamment. Le plus étonnant est que cette attitude d’esprit a perduré ; aujourd’hui encore une grande partie de l’humanité se répand en offrandes faites aux dieux censés tenir les rênes de sa destinée, afin que celle-ci en soit améliorée. Le concept de spiritualité relève lui-même, pour une part importante, de cette peur ancestrale de ce que l’on ne maîtrise pas et auquel il est convenu de soumettre sa volonté. Chercher à plaire à Dieu, s’en remettre aux saints, prier dans l’espoir d’obtenir quelque bienfait, se conformer à certaines règles de vie, tout ceci relève du profond désir d’éviter les foudres de l’entité supérieure en laquelle on croit et dans laquelle on place tous ses espoirs d’une vie meilleure, ici ou ailleurs. Le but est d’éviter la punition pour au contraire bénéficier de la récompense, sujet que les prédicateurs maîtrisent et qu’ils contribuent largement à perpétuer dans les esprits. La spiritualité repose sur la peur, mais plus encore, sur l’impuissance à traiter celle-ci. On peut traiter la plupart des maladies, on en a déjà vaincu grand nombre, mais la spiritualité n’est jamais parvenue à vaincre la peur, elle n’a fait au contraire que l’entretenir. La contradiction existant entre le fait de nommer un blog « La quête spirituelle » et le fait d’y inclure ce type d’article n’est, je le répète, qu’apparente. Il y a contradiction si la peur et le mal de vivre ne sont pas perçus comme une maladie de la psyché, ce qui implique l’absence de tout traitement possible, la guérison ne pouvant relever que d’une volonté qui nous dépasserait et au bon vouloir de laquelle nous serions soumis. Il n’y a par contre aucune contradiction dès lors qu’on regarde notre peur et notre mal de vivre comme relevant de notre propre responsabilité, c’est-à-dire causés par notre propre pensée, et la spiritualité comme le moyen que nous avions trouvé d’y échapper. De ce moment, celle-ci tombe tout naturellement de son piédestal, ce qui représente une étape nécessaire sur le chemin de l’émancipation de la conscience. De ce point de vue, dénier toute vertu à la spiritualité doit être considéré comme s’inscrivant dans une démarche spirituelle évolutive, et non pas comme une critique stérile. |
